In Cameroon, cash assistance gives more than a lifeline for Central African refugees

Kette, Cameroon – The town of Kette is situated along the border of Cameroon with the Central African Republic. Home to more than 3,200* Central African refugees, Kette has a unique district, commonly referred to as “Bozizé’s neighbourhood”. The families who live here are the longest standing residents in the area. Having arrived in Cameroon in 2004, when François Bozizé came to power in CAR, these families now live alongside their brothers and sisters who came ten years later, when their country was once again plunged into conflict following the ousting of the President.

It is in this neighbourhood that the most vulnerable live, especially the elderly, like Ibrahim. At sixty years old, he is worn down by a life of hardship and displacement, 14 years of which have been spent here, taking care of his seven children. In his little terracotta hut, his daughter is lying beside little Ibrahima, born barely a week ago. She is the first born of the third generation of refugees to live here.

His neighbour, Youssoufa, hails from the same town, Baoro. Born in 1952, he is today a father and grandfather. His age and health no longer allow him to work in the fields, as he did before to support himself. Sitting cross-legged in the shade of his hut, with a curved back, his head is bent towards a small cell phone, barely reading the numbers on the screen. He is, little by little, he is losing his sight to cataracts.

A mobile phone, given to him a month ago by UNHCR, the UN Refugee Agency, may seem insignificant, but in reality, it marks a major change to his daily life. It is not so much used to place calls but to receive a small sum of money which UNHCR pays into his mobile account at the end of every month: “I received a first payment of 10,000 FCFA (15 Euro) with which I could buy rice and receive medical treatment,” he says. Like his neighbor, he has also deposited 1,000 FCFA into a common savings bank.

With hands-on training offered by UNHCR’s partners on how to use the device, Ibrahim used his first payment to cover medical costs for his newborn grandchild. With his phone, he was able to convert the virtual currency into cash through an authorized agent not far from his home.

In addition to this monthly sum, the 407 families already benefiting from the new “social safety nets” project recently launched in Kette, will also receive 60,000 FCFA at the end of the year to help them with income-generating activities. This will, in the long run, move them towards more economic independence.

“When we eventually receive larger sums of money, I can start a small business,” Ibrahim explains, while his neighbour hopes to be able to afford some goats.

For Didjatou, a 46 years old widow, the allowance means she can pay her children’s school fees. Maimouna, also a widow and mother of six, is already investing in a cassava farm and a henhouse which would save her from going to fetch wood to sell in the market. This is a tedious and dangerous job for this widow who, in addition to her children, supports two young orphans as well as an older person.

In this region of Cameroon, along the border with the Central African Republic, the stories of these vulnerable refugees are similar. Worn down by life and broken by war, many offer a helping hand to others, especially orphans with no one else to care for them.

Not far from here, in the Timangolo refugee camp, a man is working on a large wooden structure. It is the frame of a durable shelter which will be built with earth bricks and a thatched roof, a common feature in the area. “This house is not for me” says Gambo. “It’s for my three adopted children, Ismaël, Moussa and Mairamou, whose mother died in the Central African Republic.”

Gathered around their adoptive father, the children watch as their future home is being built, just next door to that of their adoptive father. Gambo received 40 000 FCFA via the same mobile wallet system, to buy the materials needed for the build.

According to UNHCR, this financial assistance offers many advantages: families can buy what they need, be it food, medicine, clothes, toothpaste, cooking utensils, school books or even seeds and farm supplies.

In addition to empowering families in choosing what they need, this approach allows households to plan for the future, while UNHCR assist them in investing in income-generating activities, such as farming or livestock breeding, until they become financially self-sufficient.

Provisional social safety nets are modeled on the Cameroon government’s assistance to its citizens in need, which means that all the selected refugees receive the same amount of support as those in host communities.

However, the lack of funding has limited support and not all refugees in need have been reached. In 2019, UNHCR will need USD 6.8million to provide support to 6,500 households. This is not taking into account the 200,000 Central African refugees considered vulnerable, and as well as new arrivals to Cameroon. UNHCR estimates that at least 80,000 people are still not receiving the necessary assistance to cover their basic needs.

* as of 30 September 2018


Translated by Melvis Kimbi Lu; edited by Saorlaith Ni broin & Romain Desclous


Le texte en français:

Kétté, Cameroun - Dans la ville de Kétté, située à la frontière avec la République centrafricaine et qui abrite plus de 3 200* réfugiés centrafricains, existe un quartier un peu particulier, que les habitants ont baptisé « quartier Bozizé ». Les familles qui y vivent sont les plus anciennes résidentes du site. Arrivées en 2004, à l’époque de la prise de pouvoir de François Bozizé en République centrafricaine, ces familles y résident maintenant aux côtés de leurs frères et sœurs venus dix ans plus tard, alors que leur pays d’origine était de nouveau plongé dans le chaos, avec le renversement du Président.

C’est dans ce quartier que vivent les plus vulnérables, et notamment « les anciens », tels qu’Ibrahim. A soixante ans, le vieil homme est déjà usé par une longue vie d’errance, dont 14 passés ici, à prendre soin de ses sept enfants. Dans sa petite maison de terre cuite, sa fille est allongée aux côtés de la petite Ibrahima, née il y a à peine une semaine. Elle est la première née de la troisième génération de réfugiés à vivre ici.

Son voisin, Youssoufa, vient de la même ville de Baoro. Né en 1952, il est père et grand-père. Son âge et son état de santé ne lui permettent plus de se rendre aux champs comme il en avait l’habitude, afin de subvenir à ses besoins. Assis en tailleur à l’ombre de son abri, le dos courbé, la tête penchée vers un petit téléphone portable, il peine à lire les chiffres sur l’écran : petit à petit, sa vue se brouille de cataracte.

Ce téléphone lui a été remis il y a un mois par le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Il n’a l’air de rien mais représente en réalité un grand changement dans son quotidien : il n’est pas tant utilisé pour téléphoner que pour recevoir une petite somme d’argent que le HCR lui verse à la fin de chaque mois : « j’ai reçu un premier versement de 10 000 francs CFA (15 euros) avec lequel j’ai pu acheter du riz et me faire soigner », explique le vieil homme qui, comme son voisin, a également mis 1 000 francs CFA dans une caisse d’épargne commune.

Formé par les partenaires du HCR à l’utilisation du téléphone, Ibrahim lui, a utilisé son premier versement pour payer des soins à sa petite fille nouvelle née : muni de son téléphone, il a pu transformer la monnaie virtuelle en cash auprès d’un agent agréé non loin de chez lui.

Outre cette somme mensuelle, les 407 familles bénéficiaires de ce nouveau programme de « filets sociaux » récemment lancé dans la commune de Kétté, recevront 60 000 FCFA à la fin de l’année afin de les aider à créer des activités génératrices de revenus permettant d’aller vers plus d’indépendance.

« Lorsque des sommes plus importantes nous seront distribuées, je pourrai alors monter un petit commerce », explique Ibrahim, tandis que son voisin, lui, espère pouvoir s’offrir quelques chèvres.

Pour Didjatou, veuve de 46 ans, l’allocation devrait payer la scolarité des enfants. Maimouna, elle aussi veuve et mère de 6 enfants, se voit déjà investir dans un champ de manioc et un poulailler qui lui éviteraient d’avoir à aller récolter du bois pour le vendre au marché : un travail pénible et dangereux pour cette veuve qui, en plus de ses enfants, prend en charge deux petites orphelines ainsi qu’une personne âgée.

Dans cette région du Cameroun, qui longe la frontière avec la République centrafricaine, les histoires de ces réfugiés vulnérables se ressemblent. Bien qu’abimées par la vie, cassées par la guerre, beaucoup donnent aussi pour les autres, en particulier les orphelins dont personne d’autre ne peut s’occuper.

Non loin de là, sur le site de réfugiés de Timangolo, un homme s’affaire sur une grande structure de bois : c’est le squelette d’un abri durable qui sera fait de briques de terre et d’une toiture végétale, comme on en voit beaucoup dans la région. « Cette maison n’est pas pour moi -explique Gambo- Elle est pour mes trois enfants adoptifs, Ismaël, Moussa et Mairamou, dont la maman est décédée en Centrafrique ».

Autour de leur père d’adoption, les enfants regardent s’élever ce qui sera leur futur toit, situé tout à côté de celui de Gambo, qui a reçu 40 000 FCFA pour acheter les matériaux nécessaires à la construction, via le même système de porte-monnaie mobile.

Pour le HCR, ce système d’assistance financière offre de très nombreux avantages : les familles peuvent acheter ce dont elles ont besoin, qu’il s’agisse de nourriture, de médicaments, de vêtements, de dentifrice, ustensiles de cuisine, livre d’école ou encore des graines et matériel d’agriculture.

En leur permettant de choisir ce qui est important pour elles, ce dont elles ont besoin, cette approche encourage l’autonomisation des familles. Elle leur permet également de planifier l'avenir, en s’appuyant sur le HCR qui les aide à investir dans des activités génératrices de revenus, telles que l’agriculture ou l’élevage, jusqu’à ce qu’elles puissent devenir autonomes financièrement.

Les filets sociaux de transition sont calqués sur l’aide apportée par le gouvernement aux citoyens camerounais, ce qui signifie que tous les réfugiés sélectionnés reçoivent le même niveau de soutien que ceux qui, dans les communautés d’accueil, sont dans le besoin.

Toutefois, le manque de financements n’a pas encore permis de soutenir tous les réfugiés dans le besoin : en 2019, le HCR compte sur une enveloppe de 6 800 000 dollars, ce qui représente un soutien pour 6 500 foyers, alors que 200 000 réfugiés centrafricains sont considérés comme vulnérables, sans compter les nouvelles arrivées de réfugiés sur le territoire camerounais. Le HCR estime qu’au moins 80 000 personnes ne reçoivent pas encore l’assistance nécessaire pour couvrir leurs besoins de base.

* au 30 septembre 2018

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